Conférence Sciences-Po Lyon

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Le 11 février 2010, suite à une invitation de Philippe Corcuff, j'ai présenté une conférence sur le 11-Septembre à Sciences-Po Lyon.

L'accès étant libre, les représentants de Reopen911 sur Lyon avaient été invités à se joindre à la discussion qui s'en est suivie.

L'amphi était loin d'être plein, ce qui est à la limite plutôt rassurant. Les thèses conspirationnistes n'intéressent pas énormément les gens, tant mieux.

Faire une conférence qui ne porte que sur des aspects techniques et scientifiques devant un amphi d'étudiants de sciences-po qui ne peuvent avoir aucun avis critique sur tous ces aspects relève de la propagande. Je suis quant à moi prêt à faire une conférence dans un campus scientifique, suivie d'un authentique débat celle-là (la conférence de J Quirant a duré une heure de plus que prévu, assommant son auditoire et ne laissant que peu de temps pour les questions ).

La conférence

 

Ma présentation a dû être assez pénible pour l'assistance car suite à un rhume et une toux tenace depuis 3 jours, je me demandais à chaque phrase si j’allais pouvoir aller au bout de la conférence… Une arrivée sur Lyon avec de la neige et un froid glacial, n’a pas arrangé les choses. Il était de toute façon impossible de reporter la conférence, cela n’aurait pas été correct vis-à-vis des personnes qui avaient fait le déplacement. Après un début assez catastrophique cela s'est - un peu - arrangé.

Une première partie de la conférence était destinée à présenter les résultats scientifiques, puis quelques 'articles' conspirationnistes ont été analysés en détail.

Quelques points clefs :

Je renvoie les lecteurs à ma critique très détaillée des pages de J Quirant sur ce site. Comment un aggrégé de physique peut il commettre autant d'erreurs, souvent grossières?

Tours Jumelles

- Les tours 1 et 2 ne pouvaient résister aux sollicitations exceptionnelles qui ont été appliquées.

- Les planchers ne pouvaient s'opposer efficacement à l'effondrement car ils n'étaient prévus que pour supporter leur propre charge.

Tour 7

- L'effondrement interne dû à la dilatation excessive de poutres de grande portée a créé une instabilité du reste du bâtiment.

Pentagone

- Les dégâts constatés (brèche de 30 m dans la façade, poteaux internes détruits) sont parfaitement consistants avec l'avion et sa trajectoire (relevés radar et lampadaires battus)

Articles

Mécanique des structures

- Gordon Ross : erreur d'un facteur 10 à 30 sur l'énergie potentiellement dissipée dans les poteaux !

- Graeme MacQueen et Tony Szamboti : une méthode incroyablement biaisée et comme Ross, une énergie encore surévaluée de 5 à 15 fois.

Ces articles (et bien d'autres !) sont distribués depuis plusieurs mois ou années, sur les sites internet de Richard Gage et Steven Jones, alors qu'ils ne valent RIEN sur le plan scientifique. Cela a été dit, redit et re-redit...

C'est avec ce genre de papiers pathétiques qu'on jette l'opprobre sur les centaines de scientifiques indépendants qui ont travaillé sur le sujet. Ces méthodes de dénigrement sont inacceptables, indignes.

Nanothermite

- Niels Harrit et Steven Jones : des essais non reproductibles, des conclusions à l'opposé totale des observations. Absolument rien ne montre la présence de l'aluminium élémentaire nécessaire à la réaction. Très forte probabilité que les auteurs aient testé une simple peinture comprenant un pigment rouge (Fe2O3) et de la kaolinite (pour ses propriétés anticorrosion). Les résultats des tests de calorimétrie différentielle ne disent pas le contraire en tout cas.

La discussion

Une dizaine de membres du mouvement Reopen, environ, avait fait le déplacement et s'était répartie dans l'amphi.

Le premier à prendre la parole (heavy, effectivement) nous a fait un long laïus sur la commission d'enquête et le coût des expertises rapporté au coût de l'affaire Clinton-Lewinski... Je confirme qu'aux Etats-Unis, certains avocats sont très bien payés et que les scientifiques ne peuvent soutenir la comparaison. Loin s'en faut.

Sur le site de Reopen, il annonçait que j'allais tenir des propos "fantaisistes" mais n'en a dénoncé aucun, demandant juste à voir des preuves de l'apparition des rotules plastiques lors de l'effondrement du WTC7... Apparemment, il aurait voulu des photos !

Passé l'effet de surprise d'une telle demande, j'ai bien sûr dû reconnaître que je n'avais pas ça en magasin, mais que de toute façon il n'y en aurait jamais, même avec une nouvelle enquête. Je confirme que l'acier étant un matériau parfaitement connu, depuis des dizaines d'années, il n'y avait pas forcément besoin de ces échantillons pour établir un modèle informatique parfaitement fiable à partir des plans du bâtiment. L'argument est d'autant plus incongru que c'est justement par simulation informatique que les bâtiments bâtis de nos jours sont dimensionnés. Vu qu'il n'y pas de catastrophe majeure tous les 3 jours, c'est que ça doit marcher non ? Ou alors il faut aller au bout de la logique et avoir le courage d'accuser les scientifiques du NIST d'être des menteurs...

Un deuxième, David Smith, s'est présenté avec son titre de Professeur du Museum National d'Histoires Naturelles pour me faire la leçon sur mon langage. J'aurais été discourtois avec les personnes citées plus haut qui pondent des articles d'un niveau pitoyable pour insinuer que les centaines de scientifiques ayant travaillé sur le sujet sont :

- soit les pires imbéciles qu'on puisse trouver sur terre puisqu'une simple vidéo sur Youtube suffit à démontrer la DC,

- soit les pires salauds puisqu'ils couvrent le crime de 3000 personnes.

Je penche pour la deuxième catégorie pour certains d'entre eux. Pour les autres il ne s'agit plus probablement que d'opportunisme carriériste: l'effondrement des tours, un sujet à priori facile puisqu'on croit connaitre à l'avance la réponse (les tours ne pouvaient supporter les dégats subis et les incendies et se sont effondrées) . Il n'y a plus qu'à coller quelques équations sur le tout et on peut envisager quelques publications faciles. 

Il se trompe donc lourdement : j'ai été très en dessous de ce que j'aurais dû dire. Sûrement mon état fiévreux...

Comme je l'ai expliqué, les articles portant sur la mécanique des structures ne comportent pas des petites erreurs mais des énormités. C'est comme si vous achetiez une remorque et, pour le dixième de sa charge prévue, elle se brise en deux... Certains sont prêts à racheter 15 remorques à la suite chez le même concessionnaire (Jones et Gage en l'occurrence) sans jamais rien trouver à redire ! Pour paraphraser Georges Frêche, grand penseur de notre temps, "certains ont vocation à être cocus jusqu'à la fin des temps"...

 J'ai, quant à moi, épinglé les énormités des publications officielles pro VO faisant autorité : celle de Bazant et Greening mais aussi celles du Nist: ca vaut le détour: des facteurs 100 d'erreur sur l'énergie de pulvérisation , un effondrement théorique 80 mètres en retard sur les observations etc...

J'ajoute qu'étant spécialiste dans l'étude de la composition des peintures rupestres, David Smith aurait pu filer un coup de main salutaire à Jones pour déterminer d'où provenaient ses mystérieuses chips.

Il nous a bien sûr sorti le coup de la nanothermite militaire surpuissante très secrète. Malheureusement, il n'avait aucun échantillon sur lui, ni aucune image pour qu'on puisse la comparer avec les chips de Jones. Quel dommage... Mais c'est ainsi depuis 2006 : il faut juste croire tous ces gens sur parole. Puisqu'ils vous les disent, enfin !!

Tous les détails sur la nanothermite sont donnés sur ce site. Rappelons que pour arriver à faire 'exploser' la nanothermite, il faut la coupler à des explosifs classiques ou alors atteindre des degrés de porosité tels, que seuls quelques milligrammes peuvent être produits en laboratoire de nos jours.

Frédéric Henry-Couannier, lui aussi, avait fait le déplacement : décidément, j'ai été gâté !! Je n'ai pu m'empêcher de lui rappeler qu'il avait été particulièrement grossier à mon endroit, chose dont il avait apparemment perdu le souvenir. Pourtant il a bien écrit "merde", "puant de prétention", "faux jeton" et j'en passe, sur son site et les différents forums où il est intervenu...

Je ne nie pas dans certains  forums avoir employé le  même langage que ceux qui m'ont agressé verbalement  (il ne faut pas réagir ainsi à la provocation mais j'ai mes limites). Quant aux termes :"puant de prétention" ou  "faux jeton" il suffisait d'être présent à l'IEP pour la conférence de J.Q pour réaliser à quel point ils sont appropriés.

Il voulait faire remarquer que sur la courbe que j'ai reconstruite pour un cas idéal de pancake, il y avait une rupture de pente. J'avoue que je n'ai jamais compris, même lorsqu'il en a parlé sur Reopen, à quoi cela correspondait... Il n'a fourni aucune explication ou construction graphique qui permettrait de comprendre pourquoi il soutenait encore la première version de l'article. Vu que même les auteurs ont abandonné cette méthode en rase campagne, il est le dernier au monde à soutenir qu'elle était valable. 

Je n'ai jamais défendu la première méthode des auteurs (qui conduit à la courbe verte) mais je maintiens que la deuxième méthode si on la prend au sérieux (et JQ la prend au sérieux!) fait bien la preuve d'une grave anomalie, pourquoi JQ fait il semblant de ne pas comprendre cela? Pourquoi aurais je fourni une construction graphique (qui aurait été facilement criticable de toutes façons) alors que celle de JQ suffit à montrer elle-même de façon évidente que la courbe des vitesses attendue dans le cas de chocs successifs est radicalement différente de celle qui a été observée.

Insistons sur et expliquons ce point important:

La première courbe ci-dessus est celle de l'évolution de la vitesse observée au cours du temps: à de petites fluctuations prés elle est remarquablement globalement linéaire: la vitesse croit linéairement dans les 3 premières secondes. On peut suivre la courbe par une droite. Si les auteurs avaient reporté les erreurs de mesure il apparaitrait clair que les fluctuations ne peuvent pas être distinguées de celles attendues d'erreurs de mesure inévitables , inutile donc de fantasmer sur ces fluctuations.

La deuxième courbe, courbe théorique de JQ, construite en supposant des chocs entre les étages, met en évidence que la chute conçue comme une série de chocs ne doit pas être globalement linéaire et doit manifester d'importantes oscillations.
Voyez comme au delà de 1seconde la courbe rouge s'écarte de la droite! Ce ne sont pas tant les oscillations qui importent , car on s'attend à ce qu'elles soient lavées par les erreurs de mesure, les interpolations et par le fait que les effets de résistance sont étalés dans le temps en raison de l'élasticité de la structure: le modèle des chocs est une mauvaise approximation. Ce qui importe c'est le fait que la théorie semble exclure un graphe des vitesses globalement linéaires sur 3 secondes (aux oscillations près).

Si on s'arrête là et puisque JQ semble prendre au sérieux sa construction théorique on peut se demander pourquoi JQ fait semblant de ne pas relever un désaccord aussi flagrant entre théorie et observations, désaccord qui semble confirmer la thèse selon laquelle les multiples chocs sont absents... Probablement pour aiguiller tout le monde sur une fausse piste!

En effet, la construction théorique de JQ et aussi des auteurs (Szambotti et Mc Queen) est très rudimentaire donc facilement contestable et permet de générer de la confusion aboutissant à un débat sans fin (technique favorite des désinformateurs pro VO, voyez par exemple comment JQ vous incite à aller lire mes prises de position dans un forum ou vous ne comprendrez rien si vous n'avez pas lu tout depuis le début). On peut imaginer que les résistances et donc les décélérations subies par la pile qui descend s'exercent principalement dans la première seconde  puis decroissent très rapidement et dans ce cas on pourrait imaginer se rapprocher d'une courbe linéaire dans ces 3 premières secondes (j'indique au passage que rapidement au delà de 3s la courbe des observations cessera d'être linéaire). Obtenir une courbe linéaire n'est donc pas une absolue impossibilité et c'est pourquoi je ne me suis pas étendu sur ce sujet dans mes docs car il y a par ailleurs d'autres anomalies beaucoup plus difficiles à expliquer !

Par contre, et ceci est le point fondamental que je retiendrai, le calcul montre que la linéarité de la courbe observée signifie que vers 3 seconde, la structure ne manifeste plus qu'une résistance négligeable à l'effondrement autre que son inertie (sa masse à mettre en mouvement) comme je l'ai expliqué à F Greening dans the911forum. Conclusion!: s'il s'agit d'un effondrement , il ne dissipe qu'une énergie négligeable à partir de 3s donc impossible de rendre compte du degré de destruction et de pulvérisation observés!

Rappelons que les auteurs voulaient montrer des sauts de vitesse au niveau des impacts de planchers et qu'il fallait comparer les courbes rouges et vertes.

On se fout de la courbe verte puisque les auteurs n'emploient plus la première méthode qu'ils ont reconnu erronée. Ce qu'il faut comparer , c'est la courbe rouge observée à celle (rouge également) de JQ: elles sont très différentes : ce qui semble bien établir au final ce que les auteurs cherchaient à montrer: l'effet de la succession des chocs n'est pas perceptible dans les observations !!

Le dernier intervenant de Reopen a aussi été le plus constructif, manifestement désireux de faire bouger les positions. Il m'a proposé un débat, ce à quoi j'ai répondu que je n'allais pas me battre à un contre dix, mais que j'étais prêt à recevoir de (très) petits groupes pour discuter, comme je l'ai toujours dit. Deux, trois personnes, pas davantage.

Car s'il y a débat, sur quel sujet ? avec qui ? Pour qu'il y ait un vrai débat, il faudrait que Reopen trouve un scientifique ayant un jour publié un article en calcul de structures. Qu'il puisse avancer une alternative crédible aux papiers catastrophiques sur le plan scientifique de Ross, Szamboti, ou les démonstrations calamiteuses de Gage avec ses cartons.

 Pour moi, tout cela est de la physique élémentaire et il est évident que je suis prêt à faire partie d'un groupe de 2 ou 3 personnes pour en discuter.

Par ailleurs, je constate que l'article sur la nanothermite, lui, a été surtout porté par deux personnes dont les desseins politiques sont désormais manifestes : Jones en faisant ami-ami avec Christopher Bollyn, et Harrit en publiant un article, bien avant l'épisode nanothermite, où il parlait de tout sauf de nanothermite justement.

Où est la science dans tout ça ?

Lorsque Mme Pileni a démissionné de son poste d'éditrice en chef de la revue scientifique dans laquelle l'article de Jones et Harrit a été publié, elle expliquait que des arrière-pensées politiques étaient probablement derrière cet article. Je pensais à l'époque que c'était exagéré, mais quand je lis les sujets de prédilection de Bollyn, je me dis que j'ai été sûrement un peu naïf...